RESTAURATION DE L'EGLISE

La commune d'Ivry le Temple, propriétaire de l'église, souhaite en entreprendre la restauration. A cette fin, elle a joint le programme d'intérêt départemental mis en place par le District des Sablons et fait procéder à la présente étude préalable aux travaux de restauration, se référant à l'article 3 du décret 87-312 du 5 mai 1987.
L'église n'est pas protégée au titre des monuments historiques. Elle a subi en juillet 1981 un important sinistre avec l'écroulement du couvrement et du toit du choeur et de son bas-côté sud.
On trouvera dans cette étude une approche historique établie en fonction des documents disponibles, notamment aux archives départementales, un rappel des travaux antérieurs dont on a trouvé la trace en mairie et au service départemental de l'architecture, un état des lieux, un diagnostic, une description des travaux à entreprendre et l'estimation de leur coût.
Le programme de restauration souhaité par la commune, exprimé par monsieur Leclerc maire d'Ivry le Temple lors d'une visite des lieux le 24 septembre 1998, consiste essentiellement en la restauration du choeur pour redonner à l'édifice ses dimensions d'origine sans en changer la destination.

NOTE HISTORIQUE Extrait du " Graves "

Monsieur Graves, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, résident à Beauvais de 1817 à 1842 fit paraître dans l'annuaire de l'Oise l'étude successive et systématique de chaque canton. On y trouve dans le chapitre traitant d'Ivry-le-Temple la description suivante de l'église :
L'église est exhaussée au dessus du village.
Le portail et le côté méridional de la nef sont modernes, tandis que le côté opposé montre une corniche à corbeaux romans, très variés.
Les transepts sont a pignon et à fenêtres romanes petites, à boudins, mais sans colonnettes. Le chœur, terminé carrément est éclairé par trois lancettes simples pratiquées dans une grande arcade romane simulée. Les Fenêtres latérales sont des roses entourées de hachures et de boudins ; il y à une corniche à corbeaux en console.
Le clocher central, couvert d'ardoises, remplace une pyramide élancée qui fut détruite par un coup de vent.
La nef est plafonnée. Le chœur qui est vaste a des voûtes à nervures réticulées et à pendentifs, appuyant sur des piliers modernes. Le maître autel est riche ; un autel latéral consacré à la Vierge est orné d'un bas~ Le chœur est garni de stalles.
On constate aujourd'hui que le chœur et son bas-côté sud sont à l'air libre, le bas-côté nord est muré de parpaings qui soutiennent les grandes arcades. Le clocher a été muré sur deux faces pour isoler le lieu de culte réduit aux dimensions de la nef et de la base du clocher, tandis qu'une sacristie a été aménagée dans le bras nord du transept. La nef est plafonnée de panneaux de bois placés entre solives.
Selon Bernard Duhamel, dans son guide des églises du Vexin français paru aux éditions du Valhermeil en 1988, l'église a été construite à la période romane, le chœur remplacé au début du XIII éme siècle par une construction très ambitieuse, non voûtée en raison de sa trop ,grande élévation, ... Une fois le calme revenu, et pas avant le XVI ème siècle, les dégâts (de la guerre de cent ans) furent réparés, et l'on en profita pour recouvrir le chœur de voûtes Flamboyantes La prudence des architectes gothiques semblait donc excessive jusqu'au jour très récent (le 30 juillet 1981) où ces voûtes se sont effondrées, faute de butement suffisant (il n'y avait ni arcs-boutants ni même de murs boutants dans les combles des bas-côtés, dont l'élévation aurait dû paraître suffisante).
C'est la fissuration des piliers du côté sud qui n'auraient pas résisté aux efforts d'éversions Il est probable que la faiblesse de ces piliers, primitivement hexagonaux, était la conséquence d'un amincissement et d'un arrondissement qu'ils avaient subi au XVII ème siècle et aussi d'un grave incendie au siècle dernier.
Sur le culot de la retombée d'arcades au milieu du mur sud du chœur apparaît la date de 1459, où fut voûté le choeur.

TRAVAUX ANTERIEURS

A - ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'OISE
L'examen des archives départementales de l'Oise permet d'avoir des informations sur les travaux engagés sur l'église depuis 1818.
1818 - Réparations au porche et au mur du cimetière.
1821 - Travaux de charpente changement du poinçon) et de couverture sur le clocher par Charles Victor Leclerc pour 272 F.
1822 - Un devis établi par François Demay pour un montant de 1 0 17 F décrit des travaux de couverture et de reprise de charpente sur l'ensemble de l'édifice sauf le clocher.
1842 - Travaux de grosses réparations à l'église (300 à 400 F), modérées par l'engagement de la commune dans la construction de l'école.
1863 - L'agent voyer de la résidence de Méru chargé de la surveillance des divers travaux de maçonnerie exécutés en 1863 à l'église d'Ivry-le-Temple pour réparation des piliers et des murs remet son rapport.
-démolition de pierre de taille sur diverses parties de l'église, contreforts, murs.
- reconstruction en brique près de la porte du porche, dans les murs intérieurs de la nef et sur les bases des contreforts sud de la nef et du pilier de la chapelle de la Vierge.
- maçonnerie de pierre de taille sur les piliers nord du transept, sur les socles et les têtes des contreforts nord du chœur, sur les piliers de la façade ouest du transept et du bras sud du transept.
- enduit au ciment romain additionné de ciment de Portland (150 kg par m3) et rocaillage en briques cassées sur le pourtour de la nef et dans le porche.
- raccords en plâtre,
- rejointoiement en ciment romain.
1872 - Réparation des vitres et toitures.
1874 - Dans un rapport du 25 novembre, Augustin Saint Aubin, maître charpentier à Haillencourt, préconise que soit entrepris un remaniage général, spécialement sur la nef, constate que la charpente est en très mauvais état, en raison du trop grand espacement des chevrons et que le glissement de la toiture entraîne la corniche dans sa chute. Il propose de remplacer la tulle par de l'ardoise d'Angers pour alléger la charge.
Dans un rapport du même jour et de la même écriture, Cailly-Fournier, maître maçon à Ivry-le-Temple, constate que les murs sont lézardés en plusieurs endroits, que la lourdeur de la couverture en tuiles en est en partie la cause, que les piédroits sont trop faibles et devraient être arc-boutés sous peine de voir l'édifice s'écrouler en certains endroits. Il est d'avis qu'il y a lieu d'alléger la toiture en remplaçant la tuile par de l'ardoise, de boucher les lézardes et les crevasses, de reprendre les piédroits et les rampes du pignon en les fortifiant par de nouveaux travaux.
Des travaux de maçonnerie et gros fers de couverture et de charpente sont mentionnés.
1876 - Extrait du Conseil municipal du 12 juillet : Architecte d'arrondissement demande à opérer le bouchement de deux baies pratiquées dans toute l'épaisseur des piliers servant de support du clocher vers la nef, de faire étayer les dites baies ainsi que le clocher de façon à prévenir les accidents et le croulement de l'édifice et enfin de reprendre en sous-œuvre et en pierre de taille.
Des travaux de consolidation du clocher sont menés pour un montant de 5921 F. Des matériaux provenant des démolitions (moellons et tuiles) sont mis en vente. La commune renonce à construire une nouvelle mairie et concentre son effort financier sur les travaux de l'église.
1882 - Une délibération du conseil municipal du 22 mars mentionne qu'il ne résiste point à l'action judiciaire que veut lui intenter Anatole Brossand, entrepreneur, pour paiement de travaux d'appropriation et de reconstruction de l'église. La commune reconnaît lui devoir la somme qui ne pourra être puisée qu' après l'approbation du budget supplémentaire. Il apparaît que les travaux ont coûté 15 777 F et ont été menés en 1876.
1888 - Réparations à l'horloge communale pour 350 F.
1902 - Acquisition d'une nouvelle horloge.
1904 - Travaux sur la couverture du clocher de l'église et les abat~ son par Colombe], sous la conduite de l'architecte Damville, pour 1400F.
1931 - Réparations à l'horloge de l'église.
1933 - Remaniement de la couverture sur lattis neuf, du versant nord (110 m7) pointes de côté du clocher (7 M2 ) et versant sud (117 M2) par Clément parlent, maçonnerie couverture à Sénots. les surfaces mentionnées laissent supposer qu'il s'agit du toit de la nef.

B - SERVICE DEPARTEMENTAL DE L'ARCHITECTURE
L'examen du dossier conservé au service départemental de l'architecture nous renseigne sur les travaux entrepris à la suite de l'effondrement du mois de juillet 1981.
Que s'est-il passé depuis juillet 1981 ?
- Août 1981
Des travaux de déblaiement ont été effectués,
étaiement du pignon du choeur,
dépose et mise en lieu sûr des vitraux.
A partir de 1983, et chaque année, une tranche de travaux de restauration a lieu.

-1983 Réfection des piliers qui soutiennent le clocher, ceinturage, travaux de maçonnerie spécialisés.
Un nouveau choeur est créé, un très beau vitrail remis en place, le bas-côté nord restant est consolidé, des fissures sont bouchées à différents endroits.

-1984 Étaiement de la pile sud~est du clocher, étalement des arcs doubleaux du bas-côté nord du choeur, travaux sur la façade ouest de la nef

-1985 Confortation du choeur de l'église, au droit du pilier sud-est parla création d'un ensemble raidisseur en béton armé avec reprise de maçonnerie, rejointoiemet sur parment de pierre.
Réfection de la toiture de la nef, réfection du plafond de la nef

-1986 Travaux de conformation des murs, réfection des joints intérieurs de la nef, réparation des vitraux de la nef

-1987 Travaux de maçonnerie et de rejointoiement extérieur de la chapelle et façade, restauration des façades du transept nord.
Installation du chauffage.
Électrification de la cloche
Les travaux de gros-oeuvre ont été entrepris par la société Fradeau et Morin, ceux de couverture par l'entreprise Pelé, le plafond clé la nef par Menuiserie générale, le rejointoiement par l'entreprise Parment.
Les travaux ont coûté 1 519 332 F.

C - DOSSIER CONSERVE EN MAIRIE

L'examen du dossier d'archives tenu par la mairie nous apprend que les toitures en ardoises (choeur et clocher) avaient été refaites entre 1965 et 1977.
Il restait à remanier la couverture de la nef, en tuiles plates.
Monsieur Rominger, maire adjoint d'Ivry le Temple, mentionne que:
- le cimetière a été déplacé en 1868.
- des travaux de plâtre ont été menés en 1977.
Il s'agissait de la réfection du plafond de la nef dont des morceaux étaient tombés, et des voûtes du choeur. Ces travaux furent menés par l'entreprise Rondest.
Étude préalable à la restauration de l'église d'Ivry le Temple

ETAT DES LIEUX ABORDS
L'église d'Ivry le Temple est située sur un terrain présentant une légère pente générale vers le nord. Elle est entourée par un terrain engazonné et partiellement privé, correspondant à un ancien cimetière. L'allée d'accès depuis la rue est en briques posées de chant à bâtons rompus, très glissantes par temps de pluie.
On entre dans l'église par un porche couvert situé en façade nord ou par le portail ouest situé dans l'axe de la nef.

EXTERIEUR
La totalité des toits est munie de gouttières dont les dauphins des descentes crachent leur eau au pied des murs.
Les murs de la nef sont en maçonnerie de petits moellons, parfois disposés en opus spicatum ou arêtes de poisson, les contreforts sont en pierres de taille, parfois remplacées par de la brique, notamment sur la façade sud.
Les murs du choeur sont en maçonnerie de moellons de calcaire assisés. Les contreforts sont en pierre de taille. On observe des tuiles de calage dans certains joints des contreforts.
Les toits du clocher, du transept et du bas côté nord du choeur sont couverts d'ardoises posées au crochet. Les toits de la nef, de la sacristie et du porche sont couverts de tuile plate.
Après l'effondrement du choeur, d'importants travaux de conservation ont été entrepris : un chaînage en béton au premier étage du clocher, la mise en place d'une poutre reliant le clocher au pignon est, et qui placé au niveau supérieur du mur gouttereau disparu, définit sommairement le volume intérieur du choeur.On peut faire les observations suivantes


- Façade ouest
Léger dévers de la pointe du pignon.Présence d'une baie romane murée.
Trace d'une rive de couverture moins pentue que celle d'aujourd'hui.

-Façade nord
Présence de végétation.
Présence de baies romanes murées dans le mur de la nef.
Sur la nef, faiblesse de la retombée entre les corbeaux romans et les baies.

- Façade Est
Il s'agit du chevet du choeur effondré. La partie inférieure du mur, en maçonnerie de moellons assisés, est en moins bon état que la partie
Étude préalable à la restauration de l'église d'Ivry le Temple
supérieure, en pierres de taille, dans laquelle on observe des parties endommagées en surface.
Le mur est bombé vers l'extérieur en partie haute.
Présence de végétation sur ou à proximité immédiate de l'édifice.

- Façade Sud
Présence de baies romanes murées dans le mur de la nef.
Présence de végétation, notamment sur le mur de la sacristie.
Sur la nef, faiblesse de la retombée entre les corbeaux romans et les baies.
Le parement du mur gouttereau du choeur, très délabré, est couronné par un chaînage en béton armé.
Des placards de plâtre ou d'enduit témoignent de l'emplacement d'une ancienne construction adjacente à la nef.
On observe des lézardes dans le mur sud de la sacristie ainsi que clans le mur de la nef à proximité de la façade ouest. Fissure de décollement.

INTÉRIEUR

NEF
Le sol de la nef est en carreaux de faïence les murs sont rejointoyés au ciment et le plafond est en panneaux de bois glissés entre des solives posées d'un tirant à l'autre.
La base du clocher est en pierre de taille récente et très régulière.
Un mur de parpaing limite l'ancien choeur et la base du clocher.
L'accès au clocher se fait par le bras sud du transept isolé par une cloison maçonnée tandis qu'un vitrail l'éclaire encore puis par une échelle ancienne dont il manque quelques barreaux.
Le plancher haut du bras sud du transept est composé seulement de solives. Il manque le plancher proprement dit. De même sous le beffroi.
La charpente de la nef a été récemment consolidée par la pose d'importantes diagonales et croix de Saint André sur toute sa longueur. La charpente du bras sud est en bon état. Les poinçons de la charpente de la nef sont chanfreinés.
Le beffroi supporte une importante cloche.
Les abat-son sont d'une seule pièce d'ardoise, mais il n'y en a que sur trois façades du clocher ; la quatrième ouvrait dans les combles du choeur.
Le clocher n'est pas garanti de la pénétration des pigeons.
On observe sur le mur ouest, dans les combles, et ce jusqu'au faîtage, des traces de joints d'appareil peints.
Présence d'humidité au pied des murs.

CHOEUR
Dans le choeur effondré subsistent le mur du chevet, le bas-côté sud et le mur gouttereau sud du choeur, le mur gouttereau nord du bas-côté nord.
L'effondrement des voûtes permet de voir la trace d'importants percements bouchés lors de la construction des bas côtés, et dont les occuli supérieurs seuls dominent le toit du bas côté. Ils sont d'ailleurs visibles depuis l'extérieur.
On aperçoit de même que le faîtage du toit du choeur était plus élevé que les grandes baies du clocher.
La partie inférieure du clocher, reconstruite à la fin du siècle dernier, présente une ouverture très large par rapport au clocher qu'elle supporte.
On peut voir sur tous les murs du choeur les traces de l'incendie de la fin du XVIII è- siècle, ainsi que sur les colonnes encore debout sous les réparations de ciment partiellement tombées : les pierres sont rougies, ainsi que certains joints.
On aperçoit aussi de nombreuses traces de peintures et badigeons qui témoignent des décors anciens, avant ou après la construction des voûtes.
Les ouvrages de béton armé mis en place après l'effondrement du choeur consolident le clocher au niveau du premier étage, et maintiennent le mur du chevet, mais ces dispositions sont provisoires et doivent être complétées par des travaux de restauration.

DIAGNOSTIC

L'édifice porte la trace de nombreux remaniements:
- construction romane dont il subsiste les murs de la nef et certaines baies aujourd'hui murées, - -- -construction du choeur non voûté et éclairé de vastes baies jumelées surmontées d'un oculus,
- construction des bas-côtés du choeur qui ont conduit à murer les baies jumelées,
- voûtement du choeur
- plafonnement bas de la nef
- reconstruction de la base du clocher
- effondrement du choeur, avec dégagement du clocher.

En raison des constructions et ajouts successifs dont l'édifice a été l'objet au cours des siècles, la construction qui nous est parvenue est hétérogène. Certains murs sont composés en partie basse d'une maçonnerie romane de moellons hourdés à la terre, surmontés de murs en pierre de taille d'appareil beaucoup plus important, mais dont les percements ont eux-mêmes été repris ultérieurement.
L'incendie de la fin du XVIII ème siècle a endommagé non seulement les colonnes mais aussi les murs du choeur, y compris la face du clocher qui donne sur le choeur. Il n'est pas envisageable de réutiliser les colonnes et murs qui ont survécu à l'effondrement dans une future structure porteuse.
Le carrelage sur mortier de ciment mis en place dans la nef, probablement vers 1875 constitue une barrière étanche dans le sol et contribue à la remontée de l'humidité dans les murs.
Le rejointoiement intérieur des murs de la nef, s'il a permis de conforter localement le parement, ne correspond pas à la finition qui convient à ce type de maçonnerie qu'il faudrait plutôt enduire à la chaux.
Les murs extérieurs du choeur sont affaiblis par la disparition des joints. L'entourage des contreforts par de la brique crée une hétérogénéité dommageable à la stabilité de l'ouvrage. La végétation a pris place sur certains murs et des lézardes témoignent d'affaissements.
Le contreventement des fermes de la charpente de la nef, qui présentent un dévers de 4 cm par mètre vers l'ouest s'apparente plus à des étaiements qu'à des travaux de charpenterie car il consiste en la pose de madriers moisants les poinçons suivant des croix de Saint André et contreventant les versants d'ouest en est, fixés par boulonnage et de dimension importante par rapport aux bois de la charpente. On a posé des paires de madriers de 8 x 23 cm sur des poinçons chanfreinés de 18 x 18 et sur des pannes de 15 x 15.
Si la reconstruction du choeur est envisagée, une transformation supplémentaire s'inscrira dans cette architecture dont il sera souhaitable de pouvoir lire les états successifs sans nuire à la commodité ou au fonctionnement de l'église.